Sortir du bois (et faire des f*ck au syndrome de l’imposteur)

Salut à toi !

Oui je sais, ça fait un petit moment et la tenue de ce blog manque un peu de régularité. C’est qu’en ce moment, je me consacre en priorité au lancement de mon podcast et que ma multiple casquette de thérapeute-écrivain-podcasteuse-fonctionnaire n’est pas un chapeau magique exotemporel me permettant de rallonger nos courtes journées de 24h. Et puis, j’ai aussi une vie privée en dehors de tout ça !

Mais aujourd’hui, en ce jour de Samhain, également connu sous le nom d’halloween pour les plus moldus d’entre-nous, suite à une énième claque céleste derrière la nuque de mon quotidien, j’ai décidé de sortir du bois à propos de mes activités chamaniques. Ça a l’air de rien comme ça, sur le papier j’ai simplement changé l’intitulé d’un service sur mon site, c’est passé de “médecine de la forêt” à “soins chamaniques”, mais intérieurement, ça a été un énième fight d’ultimate entre moi et mon tyran intérieur, premier et grand supporter de mon syndrome de l’imposteur. Laisse-moi t’expliquer :

Comme tu le sais déjà peut-être, je parcours le monde depuis maintenant plus de 4 ans, là où l’invisible m’appelle, afin d’être initiée aux pratiques chamaniques de notre planète. Peuples premiers, chamans, curanderos, paje et autre maîtres spirituels et guérisseurs sont mes enseignants. Depuis peu, je suis également les enseignements de la Foundation for shamanic studies qui est un excellent pont parmis toutes les pratiques auxquelles j’ai déjà été initiée, tout en me permettant de pratiquer en compagnie d’autres perchés de mon espèce et de gagner confiance en mes capacités de négociation avec l’invisible.

Enfin, à plusieurs reprises je me suis vu proposer de rester sur place car “les esprits ont dit que tu dois rester X mois/années étudier ici”. A chaque fois, j’ai refusé. Non par peur ou par soumission à mon tyran intérieur, mais bien car j’ai vite capté que mon chamanisme et mon enseignement se devaient d’être multiculturels. On m’a très vite dit que je ne devais jamais perdre trop de temps dans un même endroit ou dans une même tradition. Pourquoi ? je n’en sais rien, les Esprits se foutent des questions en “pourquoi” et n’y répondent jamais, ou alors de façon tellement laconique ou ironique qu’on n’y comprend rien. Mais je m’en suis fait une idée, celle de me dire que c’est par ce que je ne suis pas issue d’un peuple premier et que je suis déjà passée par ce rôle dans différentes cultures pendant d’autres vies et que dans celle-ci, c’est le melting-pot maxi best-of plus du reste. Enfin, c’est qu’une hypothèse…

Tout ça pour dire que niveau légitimité, dans mon domaine, je ne suis pas en reste. Pourtant, qu’est-ce que c’est COMPLIQUÉ pour moi de dire que je pratique le chamanisme, ou d’entendre mes proches dire que je suis une chamane (ce dont je ne me revendique d’ailleurs pas, faute de tribu ou de village à leader spirituellement). J’aimerai me vanter d’un excès d’humilité, mais c’est faux. C’est un excès de f*cking syndrome de l’imposteur, cette p*tain d’habitude de me voir comme une thérapeute au rabais, sempiternellement me cachant derrière le fait que je ne me sente pas à la hauteur, pas assez bien. Seigneur, à quel moment dans ma vie me sentirais-je assez bien ? Constamment je veux dire, pas un jour oui, deux jours non.

Alors, comment en arrive-t-on à ce qu’ENFIN je lâche ma couverture “médecine de la forêt” pour écrire noir sur blanc que je pratique le chamanisme ? D’ailleurs en parlant de couverture, tu sais ce super brevet fédéral de naturopathie à 20k que j’ai étudié pendant 4 ans, ça aussi c’était une couverture. Dès le début je savais que je devais m’initier au chamanisme, l’appel fut très clair. Mais j’ai eu peur. Peur de la réaction de mon entourage, proche et moins proche, et même de celle des inconnus. Pour autant je ne pouvais pas négliger cet appel, alors j’ai décidé de m’initier en soumsoum et d’étudier la naturo au grand jour. Malinx le lynx. Mais revenons à la petite histoire qui m’a mise hors de moi et de mon bois.

Il y a quelques jours, je me rends en ville, en tram pour être précise, comme toujours bien à l’abris sous mon super casque réducteur de bruit armé de ma meilleure playlist. Et là, malheur, la batterie me lâche. Me voilà forcée à entendre mes semblables tergiverser sur la guerre qui fait rage. Je me déplace, car je ne supporte pas d’entendre ces sujets, encore moins les avis à côté de la plaque des dévoreurs de 20min & co. Je me retrouve alors à côté d’une femme d’environ la cinquantaine que je nommerai ici Bernadette.

Bernadette est en grande conversation au téléphone. First of all, à quel moment c’est devenu ok de parler aussi fort au téléphone dans un transport public ? C’est pas la première que j’entends et c’est de plus en plus courant, mais passons. Donc Bernadette se vante d’avoir participé à sa première cérémonie d’Ayahuasca durant laquelle elle aurait discuté avec de grands maîtres ascensionnés qui lui auraient dit de se mettre à organiser des cérémonies à son tour. Jusque-là j’écoutais d’une oreille plutôt amusée de sa naïveté, un peu comme on sourit à un enfant qui nous dit avoir vu le père noël. Car il est vrai que dans une cérémonie moyennement tenue, on peut se trouver face à des esprits farceurs qui nous disent un peu tout ce qu’on a envie d’entendre dans le but de nous manipuler. N’oublions jamais que les esprits du bas astral ont besoin de la matière pour se manifester et de notre énergie pour survivre.

Là où ça a commencé à me piquer, c’est quand je l’ai entendu dire “j’ai acheté de l’ayahuasca sur internet et j’ai déjà trouvé 5 personnes pour ma première cérémonie”. Non mais franchement, à quel moment, si ce n’est avec un égo surdimensionné, peut-on se sentir prêt à diriger une cérémonie après en avoir vécu UNE SEULE ? C’est quel lvl d’inconscience ? Quel lvl d’appropriation ? Quel lvl d’amateurisme ? C’est tout bonnement déplacé en plus d’être hyper dangereux. Après 3 ans de travail avec cette plante, je continuais d’en apprendre et d’être étonnée par les effets et les réactions qu’elle peut apporter. Et Bernadette, en moonwalk, se sent d’organiser une cérémonie avec on ne sait quelle médecine achetée sur internet à on ne sait pas qui. Et moi pendant ce temps-là, j’ose pas parler chamanisme malgré mes années d’initiation de peur de dire ou faire de la m*rde… Je galère à enregistrer mon premier épisode de podcast solo de peur de ne pas être à ma place. Enfin, j’ai mis un moment à parler de ce qui me tenait vraiment à cœur sur ce blog, de peur de paraitre décalée ou d’être taxée d’appropriation culturelle. J’ai la farouche sensation d’être autant un clown que Bernadette. J’ai même l’impression que si les Bernadettes de ce monde se permettent et réussissent avec ce genre de dinguerie, c’est parce que les Célia de ce monde, elles, n’osent pas prendre leur place. Et c’est exactement ce que l’on est venu me montrer cette nuit-là, alors que je me suis endormie furieuse en me refaisant la scène. J’aurai voulu lui hurler dessus qu’elle n’était pas à sa place et que c’était irrespectueux et dangereux d’agir de la sorte. Mais la vérité, c’est que c’est moi qui n’étais pas à ma place, et qui suis irrespectueuse envers les héritages et enseignements reçus.

C’est pourquoi dès aujourd’hui, finito de me cacher derrière la naturo et les médecines de la forêt. Portée par mon background, mes initiations et ma team de l’invisible, je dirai haut et fort à qui me le demandera que je pratique le chamanisme avec une base de naturopathie, sans peur du jugement, de l’imposture ou de ne pas être à ma place, parce que Dieu sait que les imposteurs sont légion et ne se gênent pas, eux. Il est grand temps que nous, les initiés, les enseignés, les entrainés, soyons fiers et sûrs de nos compétences et de ce que nous avons à partager. Cet article nous est dédié, à nous les grevés du syndrome de l’imposteur, et je compte bien me relire à chaque p*tain de foi où je douterai de mes capacités et de mon enseignement.

Cet article est sponsorisé par la colère saine, celle qui te permets de reconnaitre la limite dépassée et d’entamer le changement. Je te rappelle ici l’échelle des émotions de Hawkins, après la colère viennent la fierté et le courage, deux émotions essentielles pour incarner notre Être, celui ou celle que l’on est réellement.

N’’oublie jamais d’être VRAI et d’être TOI, le monde en a besoin, aujourd’hui plus que jamais. Ne laissons plus la place aux Bernadettes de ce monde.

A tout bientôt !

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