Qu’est-ce qu’un rêve ?

Si on se connait IRL (in real life pour les non-geeks), tu sais que j’accorde une importance particulière aux rêves et à leurs significations. Je t’ai peut-être même déjà filé 2-3 clefs de compréhension lorsque tu m’en as raconté un. Si tu te reconnais, merci de m’avoir donné cette occasion.

Je sais que tu t’es déjà réveillé en mode “Wtf, c’était quoi ce rêve ?” Mais t’es-tu déjà demandé d’où venaient les rêves ? Certaines personnes n’y prêtent que peu d’attention, pour d’autres, un rêve est une anecdote amusante, voir intrigante et enfin il y a ceux qui y voient des messages symboliques. Je pense que nos rêves ont beaucoup à nous enseigner, et pas que. Je te propose dans cet article un petit tour des visions du monde onirique à travers plusieurs traditions, ma vision, of course, et quelques-unes des expériences ayant formé celle-ci.

La définition la plus générique que j’ai pu trouver est que les rêves sont des phénomènes psychiques créés par le cerveau durant l’état de sommeil. C’est large et ça ne veut pas dire grand-chose. De plus, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la conscience nait du cerveau. Pour ce que j’en sais, la conscience est plutôt comme quelque chose de capté et traduit en pensée par le cerveau. Un peu comme une radio qui capte des fréquences dans le cloud de l’Univers.

On sait donc que par chez nous, on considère le rêve comme un produit du cerveau durant un état modifié de conscience qu’est le sommeil. Et là, tu sais qu’on va partir sur mon terrain de jeu préféré.

Mais d’abord, histoire de dézoomer du monde occidentalisé, je vais te parler de la vision du monde des rêves d’autres traditions. Déjà, c’est toujours intéressant de découvrir le point de vue de cultures différentes sur un même sujet, ça permet d’enlever quelques instants tes lunettes à vision unique et de dématrixer ton mental colonial et colonisé. Et c’est encore plus pertinent lorsque l’on touche aux mondes invisibles. En remontant aux racines d’une tradition au travers de ses textes sacrés, contes et légendes, on finit inlassablement par arriver aux mêmes messages, interprétés et appliqués différemment au fil des époques.

Ainsi, les peuples précolombiens (Maya, Aztèques, Incas...) et leurs descendants actuels, gardiens d’une tradition millénaire, considèrent le monde onirique comme la réalité, et la réalité ordinaire (lorsque nous sommes éveillés dans la journée) comme un puissant rêve collectif dans lequel nous somme enfermés jusqu’à l’Eveil. Les quatre accord Toltèques de Don Miguel Ruiz, gros classique du chemin spirituel, exprime particulièrement bien ce concept. Si tu ne l’as pas déjà lu, je te le recommande à fond, et si tu l’as déjà lu c’est l’occasion de t’y replonger.

Du côté du Moyen-Orient, chez les soufistes, branche philosophique et mystique de l’Islam, on considère l’état de sommeil comme un moment particulier où le lien corps-âme se fait plus ténu, permettant à celle-ci de voyager librement entre les mondes. Configuration qu’il est également possible d’atteindre via la méditation ou le Sema, une danse rituelle. Le Coran évoque à plusieurs reprise l’importance des rêves et des visions qui s’y produisent. Il est dit que le Prophète lui-même consultait et interprétait les rêves de ses compagnons, et qu’une partie de la Prophétie a été délivrée en rêve. Il m’est d’ailleurs toujours étonnant d’entendre chez la majorité de mes amis musulmans qu’on ne devrait pas raconter ses rêves.

Dans la lignée des révélations divines via le monde onirique, il y a aussi la Grèce antique, période dont j’affectionne particulièrement la mythologie. Au temps de Pythagore, le rêve est perçu comme un lien entre l’Homme et tout ce qui le dépasse, il est à la fois divinatoire et prophétique tout en incluant la réalité et le vécu du rêveur. Aussi, grecques et romains étudiaient le rêve sous le prisme de la réception d’une volonté supérieur, porte-parole de la trame universelle mais également à des fins de lecture de la psyché et de l’inconscient de l’Homme.

Pour terminer ce tour d’horizon, un peu plus proche de nos jours et de notre culture, je vais tendre le mic’ à mon compatriote Carl Gustav Jung, médecin psychiatre. Ces citations sont extraites des livres “Sur l’interprétation des rêves” et “L’homme et les symboles” .

« Il faut ici tenir compte de deux points absolument essentiels : d'une part, le rêve doit être traité comme un fait, à propos duquel on ne doit pas avoir d'idée préconçue, sinon qu'il a d'une manière ou d'une autre un sens, une expression spécifique de l'inconscient. »

« La fonction générale des rêves est d'essayer de rétablir notre équilibre psychologique à l'aide d'un matériel onirique qui, d'une façon subtile, reconstitue l'équilibre total de notre psychisme tout entier."»

« Les rêves [...] peuvent quelquefois annoncer certaines situations bien avant qu'elles ne se produisent. Ce n'est pas nécessairement un miracle, ou une prophétie. Beaucoup de crises, dans notre vie, ont une longue histoire inconsciente. Nous nous acheminons vers elles pas à pas, sans nous rendre compte du danger qui s'accumule. Mais ce qui échappe à notre conscience est souvent perçu par notre inconscient, qui peut nous transmettre l'information au moyen du rêve. »

Voilà, le tour d’horizon des mythes fondateurs de ma vision du rêve étant terminé, place à mon interprétation du monde onirique.

Monde invisible, plan astral ou intermonde sont les termes les plus courant pour nommer cet espace. J’aime bien utiliser le terme astral, même si pour moi, le monde matière est une des strates de cet astral. Un peu à la manière d’un mille-feuille, le monde astral se superpose à la matière, tout en faisant partie intégrante de celle-ci. C’est là que je rejoins à moitié la pensée soufiste. Lors du sommeil, une partie de ta conscience est libre, dans un certain sens de voyager, mais plus concrètement de capter l’information issue de différentes strates. Je vois le rêve comme l’état de conscience le plus élargi accessible à l’homme. Ici pas de tambour, de plante sacrée ou de substance, ta monture est ton niveau de conscience.

Oui, comme un mille-feuille, le monde astral possède plusieurs strates ou niveaux, ces fameuses fréquences du cloud universel captées par le cerveau. Il faut savoir que ces strates ont des frontières poreuses et sont comme des vases communiquant s’influençant mutuellement. Je pense que la strate la plus proche de la matière est celle où l’on capte les rêves de la psyché, ces fameux rêves que Jung décrit comme “rêves compensatoires”. En gros tu vas revivre des expériences de ta journée, mais d’une façon modifiée. C’est comme si ta psyché venait réécrire le scénario de façon à ce que l’expérience soit mieux digérée puis archivée dans le fondement de ta réalité. Dans cette strate, les cauchemars peuvent se produire.

Une autre strate du monde astral accessible via le rêve est celle de l’enseignement et de l’inspiration. Lorsque tu es enseigné dans la matière, c’est toujours que tu es simultanément enseigné dans l’astral. Aussi, il peut t’arriver de rêver de tes enseignants, mais aussi de tes proches ou d’autres formes de vies supérieures. Lorsque dans ta journée tu as une idée de génie, tu reconnecte juste avec l’information qui t’as été donné dans cette strate lorsque ta conscience était en état de réception. Etat qui est également atteignable lorsque ton esprit est calme et concentré, lors d’une session d’écriture, de dessin ou de pratique d’un instrument de musique par exemple. Lors de ma formation en réflexologie, j’ai rêvé de ma professeure absolument chaque weekend de cours et nous étions plusieurs élèves à nous en souvenir, c’était génial.

La strate m’ayant fait vivre le plus d’émotions au réveil est sans doute celle que j’aime appeler “le parloir”. C’est un espace à mi-chemin entre notre monde et celui des défunts, une ligne directe entre la matière et l’invisible. Dans le parloir, tu reçois un message clair et précis d’un de tes défunts et surtout, tu t’en souviens au réveil car c’est nécessaire. Pas forcément du message qui aura infusé ton inconscient et ton subconscient, mais de la visite en elle-même. C’est une expérience très forte. Si mon dernier tour au parloir date de plusieurs mois, je ressens encore la sensation du réveil, puissant mélange d’amour, de gratitude et de tristesse relative à la séparation. Très souvent, peut-être même à chaque fois, lorsqu’une personne décède, un membre de sa famille fait un rêve au parloir lors des nuits suivant le décès, parfois la nuit même. Devine qui d’autre à très facilement accès au parloir ? Les médiums.

La dernière strate dont je vais te parler est la salle de réunion. C’est un endroit où tu te réunis avec ta team de lumière (guides, ancêtres, alliés, toussa toussa…) afin de mettre à jour le Grand Plan, préparer les évènements matériels, les rencontres, les obstacles, les opportunités etc. Car si dans la matière tu te sens solo du ghetto, il faut savoir que dans l’invisible, c’est un immense taff d’équipe. C’est le backstage de ta vie éveillée, la trame invisible de ton destin tissé par tes choix quotidiens. De cette strate-là, je ne rapporte rien de visuel, juste une sensation. Je me réveil en sachant que cette nuit, il y a quelque chose qui s’est résolu, il y a eu un mouvement. C’est comme sentir le vent changer de direction et savoir que ça va te faire avancer.

Il existe bien d’autres strates et cet article pourrait facilement être un livre en plusieurs tomes tant le monde des rêves a à nous apporter et nous enseigner. Je sais déjà que je ferai d’autres articles car j’aimerai aussi parler de rêves lucides, de paralysie du sommeil, de symbolisme, d’interprétation et de médecine onirique. Disons que cet article pose les bases pour une future série dont j’ai déjà hâte d’écrire la suite.

Venons-en maintenant à toi si je ne t’ai pas perdu en route. Si tu penses ne pas ou peu rêver, tu te trompes. Tu rêves et rêveras toujours, c’est juste ta capacité à ramener consciemment des informations de ces rêves qui s’est atrophiée. La bonne nouvelle, c’est que comme toute capacité, tu peux pratiquer. C’est comme le vélo, t’oublies jamais vraiment. Ensuite, concernant leur interprétation, il faut voir tes rêves comme un film dont ton intellect ne disposes pas des réf’ et de la connaissance nécessaire pour capter le message. Pire que du Stanley Kubrick. Un rêve se décrypte non seulement en symbole, mais surtout en ressenti.

Quelques astuces ; premièrement, pose une intention avant de dormir, “demain matin, je me souviens d’un rêve”. Et peut-être qu’au réveil t’aura seulement une image ou une sensation, mais ça sera déjà ça ! Le set-up de ton couché est absolument important. Evite le doomscrolling et les écrans au moins 20min avant d’aller dormir (by the way, ça vaut pour la qualité de ton sommeil en général, pas juste pour le tourisme onirique), couche-toi avec de la gratitude dans le cœur ou au moins le calme et avec la conviction que l’état de rêve est tout ce qu’il y a de plus naturel et que c’est dans ton bon droit et bon pour toi de t’y reconnecter. Une méditation guidée pour induire cet état de rêve est un bon coup de pouce. Youtube my friend.

La seconde astuce, si tu comptes faire ça bien et devenir explorateur de ton monde onirique, est d’avoir un petit carnet de rêves juste à côté de ton lit. Il est primordial de noter tout de suite après ton réveil ce dont tu te souviens. Il faut savoir que le voile de l’oubli de tes rêves est d’une rapidité redoutable, surtout au début, c’est vraiment une question de seconde. D’ailleurs, même mes rêves les plus marquants et notés au réveil, quelques temps après, je ne m’en souviens plus. C’est toujours en relisant à postériori que je peux me rendre compte de la richesse et de la puissance de mon monde onirique. C’est un pan essentiel de mon chemin, c’est à la fois une carte et une boussole, un puit sans fond de réflexion, d’auto-observation et de clefs de compréhension de ma réalité. Va explorer le tiens, il a beaucoup à t’apprendre.

Je te remercie pour ta lecture et te souhaite de beaux et inspirants rêves.

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