L’Ayahuasca et moi, partie I

Aujourd’hui, j’ai (enfin) décidé de te raconter ma rencontre avec la Madrecita et le chemin parcouru en compagnie de cette grande enseignante. Dans cette série d’articles (oui, y’a énormément à dire) je vais te raconter mon parcours avec cette médecine ancestrale et les précieux enseignements que j’en ai tiré. Je te partagerai aussi quelques conseils si tu ressens l’appel de travailler avec cette grande médecine.

Dans ce premier article de la série, je vais me concentrer sur la façon dont la plante a débarqué en moonwalk dans ma vie et ma première cérémonie. Mais parler d’Ayahuasca, ou de n’importe quelle substance psychotrope, ça ne se fait pas sans un disclaimer approprié, alors on va commencer par ça. L’Ayahuasca est considérée comme une drogue illégale dans la majorité des pays, certains autorisant une exception pour sa consommation au regard de la liberté religieuse, comme en Suisse par exemple.

Ensuite, il est évident que ces articles ne sont pas un appel à la consommation de substances enthéogènes, mais le partage d’un bout de chemin de vie qui n’est clairement pas fait pour tout le monde. Consommer une plante Maîtresse demande un contexte précis et comporte des risques. Même dans les meilleures conditions, c’est un chemin tortueux, il faut être solide psychiquement et physiquement, suivre une diète stricte plusieurs semaines à l’avance et être prêt affronter ton chaos intérieur, voir même le chaos de l’Humanité toute entière (true story qui sera développée dans un prochain article) . Enfin, il faut ensuite avoir le courage de reconstruire différemment dans un monde qui lui, contrairement à toi, n’aura pas changé.

Et ça, oui ça là, ce courage, c’est pour les vrais Badass. Parce que des gens qui partent 3 mois faire leur retraite et qui n’intègrent rien au retour, qui sont un weekend sur deux en cérémonie et qui se considèrent arrivés mais qui n’ont fait que nourrir et renforcer leur égo spirituel et enfin ceux qui juste fuient la réalité matérielle à travers les mondes immatériels, je commence à en connaître beaucoup. Mon second disclaimer se trouve ici et se résume ainsi: Travailler avec l’Ayahuasca ne signifie pas être plus sage ou plus évolué qu’un autre, peu importe le nombre d’années ou de cérémonie dans son bagage. Méfie-toi fort de celui qui essaiera de te faire croire le contraire, immense red flag.

Alors, comment une gringa du bout du lac se retrouve-t-elle en initiation au fin fond de l’Amazonie ? Grosse story, peut-être l’une des plus importante de ma vie à ce jour.

Ma première rencontre avec l’Ayahuasca se fait au détour d’un livre, Journal d’une apprentie Chamane, de Corinne Sombrun. J’en suis alors à ce que je considère comme le début de mon chemin conscient, et autant te dire que l’idée de passer plusieurs heures en cercle à halluciner et gerber dans un seau ne me vendait vraiment pas du rêve. J’ai vite été convaincue de ne jamais au grand jamais passer par cette médecine. Mais l’Agenda universel avait d’autres plans pour moi et j’allais vite le comprendre.

Comme par magie, la madrecita s’est immiscée dans mon quotidien les semaines suivantes. J’en entendais de plus en plus parler, rencontrait des personnes ayant travaillé avec, mais surtout, j’en rêvais la nuit. Si on se connait ou que tu as lu mes articles, tu sais l’importance que j’accorde aux rêves. Même mes podcasts favoris se sont mis à donner la parole à des intervenants ayant étudié auprès de cette médecine. Le plus fou étant que j’avais déjà entendu ces mêmes personnes et leurs parcours, mais que c’est à ce moment précis que l’univers a commencé à me balancer de l’info, comme pour me préparer à l’ouverture qui allait suivre.

Décembre 2021, les rêves se font de plus en plus vifs et pressants. A ce moment, je ne suis pas encore en mesure de capter qu’on m’appelle, car oui, l’Ayahuasca est une médecine qui t’appelle, du plus profond de ton Être, lorsque vient le moment de travailler avec elle. J’y vois tout au plus un genre de coïncidence. Et puis de toute façon, j’allais quand même pas partir au bout du monde prendre une plante mystique pour la première fois, loin de tous mes repères, ma sécurité et mon confort. Et c’est comme si l’Univers avait entendu mes craintes et dit “Ah ouai ? tu flippe ? tranquille je gère !”. Comment l’Univers a-t-il géré ? une fois de plus, avec la bonne personne au bon moment.

Je discute avec ma maman de ces étranges rêves, à savoir que ma maman est également thérapeute et psychopraticienne, mais dans le rayon des thérapies classiques, à mille lieues de l’Amazonie ou de toute pratique chamanique. Pourtant, dans son cercle d’amis, se trouve ce mec que j’avais déjà croisé à une ou deux reprises et qui pratique depuis déjà quelques temps avec cette médecine. Elle me met donc en contact avec et on part se balader au bord du Rhône quelques jours après. Quelles-étaient les chances pour que le facilitateur de mon ami soit à Genève à ce moment et pour qu’une cérémonie ait lieue justement le lendemain soir de cette rencontre ? Et qu’il ne reste qu’une seule place ? Et que malgré la tradition, on m’accepte sans entretien préalable ni dieta (un régime sans gras, sans sel, sans sucre, sans café, sans sexe, sans alcool ni autre substance, à démarrer jusqu’à plusieurs semaines avant la cérémonie) ?

L’Univers savait pertinemment que si j’avais eu le temps de prendre ma décision, ça aurait été un immense NOPE, qu’il fallait battre le fer tant qu’il était encore chaud, et surtout tant que je restais rassurée de mon après-midi de questions-réponses avec un initié. Car si le jour-même j’ai accepté l’invitation sans trop réfléchir parce qu’une telle synchronicité ne peu se refuser, le lendemain, je n’en menais vraiment pas large. J’ai passé les heures précédant la cérémonie à lire et visionner tous ce qui pouvait me servir, m’informer ou me préparer à ce que j’allais vivre. Ça me fait rire maintenant de voir à quel point je pensais pouvoir contrôler ce processus. Bien essayé… C’était un peu comme tenter d’apprendre à nager dans un livre sans jamais s’approcher du bord de l’eau.

C’est donc plutôt stressée que je suis arrivée sur le lieu de la cérémonie et que je me suis installée dans un coin de la salle avec mon petit tapis de yoga, ma couverture, mon journal et bien entendu, le fameux seau. Je me souviens que le maître de cérémonie, un jeune homme d’une trentaine d’année, entouré d’instruments de musique, m’a invité à me déplacer et m’installer juste à côté de lui, et je m’étais sentie hyper honorée et rassurée, comme si je savais que quoi qu’il arrive, on allait prendre soin de moi. Mon ami initié, lui, était “au service” de cette cérémonie. Être au service signifie qu’on prend également de la médecine, nous avons aussi notre propre processus comme un participant, mais on se tient de l’autre côté de l’autel, dans la force du curandero, et on assiste les autres participants dans leurs processus lorsque cela est nécessaire. Je développerai sur mes cérémonies au service dans un prochain article.

Revenons à nos moutons psychédéliques, ma première cérémonie. Je me souviens qu’une poignée d’autres participants étaient présents, peut-être 5 ou 6 tout au plus, dont une mère et son fils de mon âge. C’est qu’au Brésil, contrée d’origine de notre Maître de cérémonie, la cura se fait en famille. J’ai découvert ce jour qu’une religion à mi-chemin entre l’Amazonie et une église existait, le Santo Daim. Les systèmes religieux et moi, ça fait 10, donc ça a été un peu tendu de me rendre compte d’où je me trouvais. L’ouverture de la cérémonie se fait en appelant la protection de différents Saints et Divinités ainsi qu’une lecture d’un genre de prière. Au début ça m’a tendue, voir inquiétée. L’espace d’un instant, je me suis demandée si j’étais pas tombée dans une secte. Tout ce cérémoniel était quelque chose de nouveau et d’impressionnant pour moi. Plus le temps de rencontrer l’Ayahuasca approchait, plus je ressentais en moi ce gouffre, le gouffre de la peur, celui qui, une fois enjambé, te mène inéluctablement à un renversement de ta vie. Je me souviens me répéter en boucle dans ma tête mon intention pour la cérémonie “rencontrer la médecine en douceur”. Puis au milieu de mon questionnement, j’ai soudain profondément capté que le contexte culturel importait peu et que ce qui comptait vraiment, c’était la Plante et moi. A postériori, je sais que c’était déjà l’Aya qui me parlait et me rassurait. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, la plante travail avec toi bien avant l’instant où tu la bois.

Conformément à mon intention, cette cérémonie fut effectivement l’une des plus douce que j’ai pu vivre. La madrecita est intelligente, elle sait te montrer juste ce qu’il faut pour que tu revienne si tu dois revenir, et c’est exactement ce qu’elle a fait. Au début c’était comme une méditation très profonde, je ressentais surtout la musique du curandero dans mon corps, comme si chaque note allait travailler sur chacune de mes cellule, c’était génial. Puis des flash visuels colorés sont arrivés. J’avais les yeux fermés, je me souviens avoir cru que le curandero faisait des jeux de lumière, puis j’ai ouvert les yeux pour constater qu’il était occupé à son tambour et que personne ne jouait avec aucune lumière. Enfin, les flash se sont transformés en motifs de plus en plus précis et symétriques, comme des symboles, jusqu’à devenir une vision nette et précise d’une scène qui se produira alors plusieurs mois plus tard, lorsque je serai en apprentissage en Amazonie, auprès d’une curandera shipibo. Oui, j’ai vu un fragment d’avenir, rien que ça. Mais à ce moment, je n’en savais fichtrement rien.

C’est une expérience très instantanée que d’avoir une vision comme celle-ci, surtout quand on ne maîtrise pas. Basiquement, tu vois ta vision avant que ton mental capte que tu es entrain d’avoir une vision, et au moment où tu comprends ce qu’il se passe, tout s’éteint. C’est une généralité qui a été valable plusieurs mois après ma première vision, très souvent au moment de m’endormir.

Retour à ma cérémonie, au moment où mon mental se rend compte de ce qu’il se passe. A peine le temps de ressentir l’excitation de l’expérience que je suis entrain de vivre avant de sentir mes entrailles se retourner, une envie de gerber comme never, si bien que j’ai à peine le temps de saisir mon seau, encore vierge de tout nettoyage, avant d’y plonger et d’y lâcher ce que j’avais à y lâcher. Viva a cura ! comme on dirait dans la forêt. Les visions s’arrêtent nettes, je n’ai plus aucune sensation, si ce n’est celle de “c’est bon, travail terminé… pour cette fois”.

Et effectivement, la musique du maître de cérémonie ralenti jusqu’à s’arrêter, et il règne dans la salle une paix, un calme, une sensation d’accomplissement, comme si on avait tous ensemble terminé un triathlon, l’essoufflement en moins.

Petit suspens, la suite de mes aventures au prochain article ! J’aborderai mon apprenti-sage en Amazonie auprès du peuple Shipibo.

A tout bientôt,

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