L’Ayahuasca et moi, partie II
Salut à toi et bienvenue sur ce second article consacré à mon expérience avec la madrecita.
Avant de t’embarquer dans mes aventures amazoniennes (promis, je m’y mets dès le prochain article), je te propose ici un pêle-mêle d’expériences, d’infos et de faits totalement random sur l’Ayahuasca, sa préparation et son histoire.
Comme j’aime à la nommer, Madrecita, de l’espagnol, signifie “petite mère” et est l’un des surnoms utilisés pour nommer l’esprit de la Plante. Ce surnom porte la marque de toute la puissance que possède l’Ayahuasca, sa force de créativité, de guérison, sa main de fer dans un gant de velours, sa compassion, sa rectitude, sa douceur et bien entendu, sa capacité à te fesser fort si nécessaire.
D’ailleurs, savais-tu que le breuvage Ayahuasca n’est pas qu’une seule plante ? C’est en réalité un mélange de ladite liane (Ayahuasca, du Quechua, signifiant liane des esprits, liane de l’âme ou encore liane de la mort selon les interprétations) et de feuilles de Chacruna. Le tout est préparé de façon rituelle et est cuit plusieurs heures, souvent en plusieurs cuissons successives. Plus l’ayahuasca subi de cuissons différentes, plus la médecine sera puissante.
Ces plantes sont mélangées pour la simple raison que l’une contient la DMT, substance psychoactive (déjà présente en quantité infime dans notre organisme) et l’autre contient la protéine qui va empêcher la digestion et la dégradation de la DMT afin qu’elle puisse faire son office. Je te lâche ici mon fun fact favoris à ce sujet: Le jaguar est l’un des animaux archétype de la plante et tu vas vite comprendre pourquoi. Ce félin va aller manger de la liane d’Ayahuasca, puis mâcher des feuilles de chacruna et se faire son petit voyage psychédélique bien tranquillou sur le sol au milieu de la forêt. C’est qu’il n’a pas de prédateur le coco.
Evidemment, tant le jaguar que les indigènes ne sont pas conscients de la chimie ingénieuse de cette recette. Les scientifiques cartésiens s’arrachent encore les cheveux pour savoir comment les peuples natifs ont pu trouver ce mélange au milieu des plus de 438 000 espèces composant la flor amazonienne. Quand tu connais un peu comment ça marche dans l’invisible, tu sais que y’a zéro mystère et vraiment pas de quoi s’arracher les cheveux sur le comment. Et non, des hordes d’humains (ou de jaguar) ne sont pas mortes en testant tous les mélanges possibles et imaginables jusqu’à trouver le mélange parfait. C’est la plante elle-même qui l’a transmise à l’homme.
Ainsi, chaque tradition possède sa façon de préparer et cuire la médecine. Parfois, d’autres plantes peuvent être ajoutées, mais on reste principalement et majoritairement sur le mélange classique Banisteriopsis caapi x Psychotria Viridis (noms scientifiques des plantes). Le résultat de cette décoction varie du Chà, soit une médecine jaune très légère, utilisée par le Santo Daim ou la Barquinha dans les villes du Brésil, à une médecine épaisse brune foncée très puissante, en passant par l’entre-deux, une médecine rouge/brun foncée, parfois un peu rosée plus commune aux peuples natifs de la forêt du bassin amazonien. Bien que la puissance du breuvage soit influencée par sa composition, le cadre de réalisation et les personnes présentes influent également grandement sur le résultat.
C’est ainsi que j’ai eu la tristesse de lire et d’entendre des histoires de petits européens curanderos du dimanche préparer de la médecine tellement low vibratoirement qu’elle n’avait que peu d’effet et que pour parer à ce problème, ils se contentent d’ajouter de la datura, une plante hautement hallucinogène dont même les plus grands curanderos péruviens se méfient. Bien entendu, sans en informer les participants. Une occasion de plus de souligner l’importance de ne pas sauter le pas avec n’importe qui.
Revenons à la tradition. L’aya, ça a quoi comme goût ? ça dépend, et pas uniquement de la composition. Cette info est purement empirique et issue de mon expérience: le goût de la médecine va dépendre du niveau d’acceptation de ton mental et de ton corps sur ce qu’il va se passer ensuite. C’est toujours décrit comme super amer.
Pourtant, sur mes papilles, bien souvent, la médecine a eu un goût de cacao un peu âpre, et ça, peu importe les traditions et recettes avec lesquelles j’ai pu travailler. Lors des cérémonies en deux services (tu bois un premier verre de médecine au début de la cérémonie, puis un deuxième au milieu), le deuxième verre était effectivement souvent très amer. A savoir qu’on n’utilise pas deux médecines différentes dans une même cérémonie, c’est la même préparation pour les deux services, donc supposément le même goût. Rétrospectivement, je pense que c’était la façon que mon corps avait de tenter d’éviter le process pénible auquel je l’exposais.
Résumé: première dose, cacao tout va bien. Seconde dose après avoir déjà travaillé quelques heures, body pas content déclenche l’ouverture des papilles gustatives de l’amertume. En d’autres mots, un réflexe de survie basique. Mais la survie de qui ?
Sachant que l’Ayahuasca est mortelle en tant que substance dans des doses IM-PO-SSIB-LES à absorber (je te rappelle ici les effets purgatifs de la plante). Je laisse ton cheminement personnel y répondre.
D’ailleurs, en parlant d’après-vie, l’Aya n’entraine jamais la mort. C’est son interaction avec certaines autres substances qui est délétère et absolument contrindiquée, notamment certains anti-dépresseurs, médicaments pour les problèmes cardiaques, épileptiques ou asthmatiques. C’est pour ça que si on te propose une cérémonie sans te demander tes antécédents médicaux, l’état de ta psychée et si tu es sous traitement, RUUUUUN ! (fuis !). Les meilleurs s’assureront même de ton niveau d’ancrage dans cette vie, tes relations et ton quotidien et refuseront de te servir s’il y a le moindre risque de te rendre encore plus perché.
Tu l’auras compris, avec un peu de discernement, en t’adressant aux bonnes personnes, et avec un corps et une psyché pouvant tenir le cap, connecter avec l’Ayahuasca est une expérience safe.
Ton égo par contre, je te le dis direct, il va pas kiffer.
Et il le SAIT. Ce chemin est transformateur, il va le remettre droit à sa place de serviteur.
C’est pour ça qu’il essayera de te mettre des bâtons dans les roues à l’approche du moment fatidique. Mais t’inquiète, l'énergie de la plante étant bien au-delà de ton cher égo, je ne connais quasiment personne ayant eu le chemin ouvert (pour de vrai, pas dans les illusions qu’on peut se créer) pour une cérémonie et ne s’y étant finalement pas rendu. Bon ok, certains ont été retardés de quelques mois ou années, je dis pas. Mais je pense que si tu dois bosser avec la madrecita, tu iras. l’Agenda universel est adaptable.
En revanche, ceux qui ont envie de se barrer en milieu de cérémonie, c’est du 8 sur 10. J’en ai fait partie.
Heureusement, un bon Maître de cérémonie sait s’entourer de personnes au service pouvant te convaincre et t’aider à rester en plein enfer personnel quelques temps encore jusqu’à la fin du process. Oui, je parle ici du fameux « bad trip ». Dans ma vision il n’y a pas de mauvais voyage. Y’a des voyages hardcore sa mère, y’a des visions horribles, des mondes atrocement noirs, sombres, gluants. Y’a des sons dont la dissonance font grincer tes os. Et ouais c’est pas confortable du tout. Quand t’ouvres les yeux, la vision est atténuée, mais alors tu te mets à ressentir ton corps et le bordel énergétique causé par la mise à jour de toutes tes cellules et de tes structures. C’est une sensation pas ouf, on se ressens coincé dans ce corps bien trop dense pour toute cette énergie. C’est semblable à des courbatures comme après une grosse grosse séance de sport, sauf que t’as fait un full body, même de muscle que tu taff jamais. Et ça peut durer plusieurs jours après la cérémonie.
C’est important d’aller jusqu’au bout, ne serait-ce que pour te rendre compte de la puissance qui sommeille en toi et de ce dont tu es capable face à tes ombres les plus profondes. Ce genre de cérémonie, t’en ressors tel Hercule après son premier combat contre l’Hydre (1:44 sur la vidéo), épuisé, puant, gluant, reconnaissant, conscient de ta force et prêt à affronter un second round et n’importe lequel de tes monstres. Et les muses qui chantent (toujours dans le Disney) c’est ta team de lumière (composée de ton ange gardien, tes guides, tes défunts, tes ancêtres etc.) entrain de taper l’apéro en te félicitant parce que t’es franchement badass d’avoir traversé cette épreuve et que ça leur fait du bien que tu t’y mettes enfin. Là c’est le genre de nuit où tu fais un gros gros taff.
Bon, de mon expérience, la majorité du temps la plante est plutôt Love and Light, éclaires de vérité ou rejouer des scènes vécues avec un soupçons de vision WTF.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. J’espère que cet article t’aura éclairé et transmis quelques infos qu’on ne trouve pas déjà partout sur internet. Parce que oui, l’Aya se démocratise, hélas pour le pire dans le cas des curanderos du dimanche, mais heureusement et surtout pour le meilleur lorsque l’on connait la puissance transformative et curative de la madrecita.
Je te remercie pour ta balade sur mon blog et te dis à bientôt pour la partie 3 consacrée à mon premier séjour en Amazonie !