L’Ayahuasca et moi, III

Hey toi ! bienvenue sur moi troisième article de cette série consacrée à mon parcours avec l’Ayahuasca. Nous allons enfin aborder mon enseignement auprès du peuple shipibo, au fin fond de l’Amazonie péruvienne.

Contexte: nous sommes quelques temps après ma première cérémonie et j’avoue devoir plonger dans mes mémoires, aka mon journal, afin de restituer fidèlement l’ordre des évènements m’ayant conduit au Pérou. Je suis à ce moment environs 3 mois après avoir lâché ma petite Etude d’avocats du bout du Lac, plus fauchée que le blé, au chômage et étudiant la naturopathie.

Autant dire que prévoir un voyage au bout du monde dans ces conditions relevait de l’impossible l’improbable. Ressentir cet appel de partir en forêt sans en avoir les moyens a été une grande leçon de Foi pour moi. Je savais que je devais y aller.

Alors, armée de ma conviction que l’Univers se chargerait des détails financiers, j’ai commencé a organiser mon voyage et me renseigner sur les possibilités sur place. Tout ce que je savais est que le point de départ de cette aventure serait Iquitos qui est un peu le camp de base de toute personne souhaitant rejoindre la forêt amazonienne péruvienne. J’ai donc réservé mon billet pour Iquitos grâce à ma carte de crédit.

Cette nuit-là, juste avant de m’endormir, j’ai reçu une vision. Celle d’un serpent enroulé sur le sol qui me regardait fixement, comme s’il m’étudiait. Le serpent est l’autre archétype majeur de l’Ayahuasca (le premier étant le jaguar). Je te parle un peu plus de cette vision dans cet article sur la symbolique des rêves.

Les semaines passent et mon voyage ne se précise pas. A ce moment le plan était de rallier Iquitos et de voir directement sur place où le vent m’emporterait. Tu sais désormais que l’aventure et le fait de partir solo n’ont jamais été un problème pour moi. J’étais réellement prête à partir sans aucune autre organisation que mon Airbnb réservé pour 3 nuits.

Mais voilà, le grand Architecte avait un peu prévu autre chose. Cet autre plan, bien plus confortable puisqu’il allait me mener directement auprès des Shipibos, me fut porté par le podcast d’Amel Zaïd, Spiritualista. Une Femme partageant une vision badass de la spiritualité, quelque chose de très authentique, loin des mièvreries qu’on trouve souvent dans le milieu. Elle vibre un genre d’insolence céleste refusant la moindre soumission à la bullshit. Bref, c’est une Queen souveraine de son royaume intérieur très inspirante pour moi.

Etant quelqu’un d’assez monomaniaque (comme Amel d’ailleurs), je suis du genre à tomber sur quelqu’un dont le message me parle et de n’écouter que cette personne pendant une période, ses ressources, ses interviews etc. J’étais donc dans ma période Spiritualista et écoutais ses podcasts moins récents sortis deux ans auparavant si ne me trompe pas.

Et là, bim, je tombe sur cet épisode d’anthologie consacré à sa retraite au Pérou. Cet épisode a résonné d’une force ! Et voilà, tranquillement installée sur mon canapé, j’avais trouvé mon lieu de villégiature pour mon expédition amazonienne. Il ne manquait plus que les fonds.

D’ailleurs, c’est une histoire assez drôle la façon dont j’ai pu financer ce voyage. C’est grâce à un accident de scooter. Je me suis plantée en beauté dans un genre de van, trop occupée à constater qu’un oiseau s’était lâché sur ma main gauche pour voir que ledit van avait freiné. Petit vol plané, un tour de quelques heures aux urgences pour surveiller une éventuelle commotion cérébrale et j’étais dehors. Cet accident est arrivé fin de l’été, bien avant ma première rencontre avec l’Aya qui eu lieu en décembre. Nous sommes donc fin janvier et la paperasse relative à cet accident fini par être classée. L’assurance me rembourse l’intégralité du prix à neuf de mon scoot’. And just like that, j’avais un plan béton et les finances nécessaires à mon périple. Une énième preuve que ce qui doit être sera, peu importe les conditions de départ. Une grand leçon de Foi, je te l’ai dis.

C’est donc mi-avril que je débarque à Iquitos, sac à dos de 10kg et une confiance inébranlable pour seul bagage, logée chez un italien expatrié et sa femme péruvienne dans une maison dont le dernier étage n’était pas terminé, mais avec une vue imprenable depuis le toit sur l’Amazone (le fleuve) et l’Amazonie (la forêt). Je te dis pas les sunrise que je me suis fait pendant 3 jours sur ce toit, magique. Le reste du temps, je l’ai passé à me balader au bord du fleuve et dans le hamac du jardin, attendant impatiemment le moment de rejoindre la forêt.

Au troisième jour en début d’après-midi, j’entends un klaxon insistant à l’extérieur du bâtiment et je me sens étonnement concernée, à raison. C’était le frère de la Maestra qui allait m’enseigner venu me chercher en moto. A ce moment je suis survoltée, non-seulement parce que dans quelques heures je serai dans la forêt, mais surtout car j’ai naïvement pensé qu’il me ramènerait directement au village, sans passer par la case rando amazonienne. C’était sans compter la pluie des dernières nuits qui avaient rendu la piste impraticable.

C’est donc en BMdouble-pieds et épuisée que je suis arrivée au village. J’ai été directement menée dans mon tambo (un genre de cabane sur pilotis avec un lit, une moustiquaire, une étagère et une petite table). Et sur le chemin, j’avais perdu ma gourde. Ça à l’air de rien comme ça, mais sur le moment, c’était une véritable tragédie intérieure. J’avais pas une grande stabilité émotionnelle, j’étais épuisée par le voyage, le décalage horaire et la rando. Cette perte fut la goute de trop. C’est à ce moment que Lex, un autre étudiant, tape à la porte de mon tambo pour me conduire à mon premier rituel, celui du Piñon colorado.

Nous sommes installés dans la Maloca de cérémonie, un pichet de 2 litres rempli d’une eau rougeâtre d’un côté et une bassine face à moi. Le plan: boire ces deux litres non-stop afin de provoquer un puissant nettoyage intérieur. J’avais le ventre vide à ce moment. Pourtant, lorsque le nettoyage s’est fait (comprends ici que j’ai gerbé un bon coup), dans la bassine, il n’y avait pas seulement le liquide rouge rendu, mais aussi ce qui ressemblait furieusement à un amas de toiles d’araignées. So Weird. Sur le moment j’ai pas capté, j’étais juste hyper impressionnée. S’en suivi une grosse décompensation, sous le regard et les conseils bienveillant de Lex. Crise de larme, de “mais qu’est-ce que je fou ici ?” etc. J’avais vraiment du mal à comprendre comment ce voyage que j’attendais depuis des mois pouvait me provoquer ce ressentis une fois sur place. J’avais une seule envie, retrouver mon canapé bien confortable et surtout un immense Mcdo. J’étais en dieta depuis déjà un mois à ce moment.

La dieta est une composante primordiale de la tradition Shipibo, particulièrement lors de travaux et d’apprentissage avec les plantes. La dieta, c’est pas de gras, pas de sel, pas de viande, pas de café, pas d’ail, pas de sexe (ni de masturbation), pas d’alcool ni autre substance. C’est surveiller ce que tu consommes strictement, et pas que dans la nourriture. C’est aussi valable pour ce que tu mate à la télé, tes lectures, les gens que tu fréquente et tes pensées. Surtout tes pensées. Le but de la dieta, c’est de retrouver toute ton intégrité énergétique, de décharger ton corps des polluants pouvant interférer avec le travail des plantes. Les shipibo ne le disent pas comme ça, c’est mon interprétation, mais concrètement, tu vas écarter tout ce qui est vibratoirement bas de ton quotidien pour retrouver ta vibration d’origine. Métaphore time: tu vas pas infuser un délicat thé au jasmin dans une eau déjà bien infusée de vieux Earl grey (oui, je déteste ce thé). Il faut d’abord éclaircir tes eaux intérieurs avant de venir y plonger de nouvelles informations.

Puis vient le moment de l’entretien avec la Maestra pour définir les différentes plantes qui feront partie de ma diète et de mon enseignement. En Amazonie, on dit “diéter une plante”, ce qui signifie que par son absorption régulière, plusieurs fois par jour, dans un espace de calme intérieur, presque méditatif, la plante venir t’enseigner son savoir en plus de t’accompagner dans ta guérison. Tu peux diéter plusieurs plantes en même temps, mais pas toutes, car certaines exigent une diète qui leur est uniquement consacrée. Certaines se font en communauté tandis que d’autres demandent un isolement complet de plusieurs jours voir semaines.

Par exemple, la diète de l’ayahuasca, qui est un indispensable pour tout Maestro, se fait sur 6 mois en isolement total, à ne manger que des bananes et du poisson. Cette diète te permets de devenir un vrai Ayahuasquero, c’est à dire, une personne qui est à même de te servir cette médecine et te guider dans ton processus. Traditionnellement, tu n’as pas le droit de servir de l’Aya si tu n’as pas suivi cette diète. C’est réservé à l’élite des badass, et quand on connaît le pouvoir de cette plante, on comprend très vite qu’elle ne devrait pas tomber entre les mains de n’importe quel curandero du dimanche.

Quant à mes études et ma diète, elle fut composée de nombreuses plantes variant au fil du séjour. Médecine du cacao, diète de son écorce infusée à froid, racine de Shimi pampana, pétales de Chiric Sanango, feuilles de Pampa oregano, feuilles de Bobinsana, et feuilles d’Ajosacha sont quelques-unes des plantes m’ayant accompagné. Tout ça sans compter les soirs de cérémonie avec la madrecita, un jour sur trois.

Autant de plantes à diéter, ça demande une petite organisation, notamment par ce que chaque prise doit être espacée d’au moins 30min l’une de l’autre, et elle-même espacée d’au moins 30min de chaque repas. Moi qui pensais vivre hors du temps, j’ai quand même été soumise à l’horloge humaine et à la discipline de la minuterie de mon téléphone. Il n’aura d’ailleurs servi qu’à ça, et à prendre quelques photos étant donné que cette partie de l’Amazonie est totalement coupée du réseau. Pour la petite histoire, il fallait sortir de la jungle, puis marcher encore 1h sur la route principale pour arriver à chopper une barre de réseau 3G. Du moins, c’est ce que racontaient les autres personnes présentes, j’ai jamais tenté le coup, flemme vie.

Les premiers jours s’écoulent lentement et difficilement. Ici, tu peux rien fuir et tu prends tout de façon frontale, brute. Même si j’avais conscience que par chez nous, tout nous pousse à la distraction, à l’éloignement et à la mise sous silence de nos ressentis et émotions, j’avais très peu conscience de comment ça se passe à l’intérieur une foi que tout est mis sur “off” et que t’es a 10’000 km de tout ça. Spoiler alert, c’est un chaos incommensurable, et j’étais vraiment pas prête.

Le paroxysme de cet état fut juste après la première cérémonie, 3 jours plus tard. Je sors de la Maloca, épuisée mais hyper enthousiaste d’aller manger un bon bol de soupe au poulet. C’était jour de fête lorsqu’il y avait du poulet, généralement quand la Maestra sentait qu’une cérémonie allait être plus challengeante, on y avait droit. Le reste du temps c’était riz et légume avec un oeuf dur par jour.

Je me précipite à la casa de cocina, j’avais déjà capté le fumet du poulet pendant la cérémonie et j’avais vraiment l’eau à la bouche. Je me sert un bon bol, toujours dans ce mood survolté de meuf qui mange son premier poulet depuis des semaines. Et au moment de manger, c’est le drame. le DRAMA absolu d’un plat sans sel et sans goût. Et je chiale, encore. J’en ai laissé des litres d’eau salée dans cette forêt. Je chiale pendant de longues minutes sans comprendre réellement ce qu’il se passe.

Ce jour-là, j’ai compris quelque chose de fondamental pour mon parcours: La nourriture est une grande source de réconfort. Et je pleurais un réconfort absent là où j’avais l’habitude de le trouver, sans le savoir. La nourriture, c’est aussi un moyen de fuite. La nourriture, c’est aussi un moyen de mettre tes émotions sur silencieux. La nourriture, c’est aussi un moyen de distraction. Et du moment que j’ai eu cette “révélation”, tout est allé bien mieux. C’est comme si comprendre ce mécanisme présent chez moi m’en avait libéré. Alors pas totalement, mais au moins, j’en ai conscience lorsque ça arrive. Je sais aujourd’hui ce qui nourrit quoi et comment chez moi. Je sais discerner si je nourris mon corps physique ou mon corps émotionnel, que ce soit dans l’alimentaire ou dans n’importe quelle activité et c’est un grand outil au quotidien. Et comme une ouverture de conscience n’arrive jamais seule, c’est ce même jour qu’un des volontaires me rapporte ma gourde, retrouvée sur le sentier menant à la route principale. Lui, il avait eu la motiv’ d’aller chercher le réseau.

C’est sur cette petite clef que je te laisse, et je te dis à une prochaine pour la suite de mon aventure en Amazonie.

Merci pour ta présence =)

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