Accompagner la mort, traditions de notre monde

Salut et bienvenue sur ce second article consacré à la mort. Je t’ai précédemment parlé de ma vision de l’après. Aujourd’hui, on aborde le sujet en prenant l’angle de vue de plusieurs cultures et traditions. De mon point de vue, aucune tradition n’est supérieure à une autre et les rituels que j’ai choisi de te partager dans cet article ne sont pas forcément ceux auxquels j’adhère. Ils ont néanmoins tous deux points communs, celui d’être bien différents de ce qui se fait par chez nous et celui de venir de cultures animistes.

La mort, un sujet pas facile à aborder tant il met mal à l’aise. Et c’est justement pour ce malaise que je choisi d’en parler, car je suis convaincue que c’est en s’informant, en discutant et en abordant les sujets compliqués qu’on arrive à les simplifier. Garder le tabou ne fait que mystifier d’autant plus un sujet, le rendre de plus en plus inaccessible.

Dans ma culture d’origine, la mort est bien trop associée à la douleur, à la perte et à la séparation qui sont des choses que je ne nie pas et qui me touchent aussi. Mais j’ai profondément conscience que si j’étais née balinaise, maori ou lakota, j’aurai appris à accueillir la tristesse tout en célébrant le départ et la transition, à savoir qu’une personne va me manquer, mais qu’elle embarque pour un énorme et magnifique voyage destination terra incognita. Et qu’en plus j’aurai su qu’on s’y retrouve.

Mais je suis née en occident, l’une des civilisation les plus nihilistes concernant la mort. Si je résume la philosophie occidentale actuelle, celle de la masse, c’est basiquement “Le cerveau s’arrête, il n’y a rien après la mort, t’as un jour de congé pour enterrer ton défunt et reprendre ton train-train quotidien fissa, et si au bout d’un mois ton fonctionnement n’est pas revenu à la normale, il te faut un suivi psy et des pills”. Pour moi, c’est d’une telle violence. C’est même du vol pur et simple de moments charnières de ta vie. Le deuil c’est hyper important. La mort est importante et impactante. Elle remet l’église au milieu du village. Elle secoue, chamboule, appelle au questionnement, au “pourquoi ?”, au changement et au recueillement. RE-cueillir.

Dans certaines traditions, la période consacrée aux rites funéraires dure jusqu’à 10 jours. Imagine-toi, 10 jours pour célébrer la vie de ton proche, pour l’accompagner dans sa transition, (toi qui a lu mon article précédent, tu sais à quel point l’accompagnement post-décès peut être primordial), pour lui dire au revoir. Et chez nous, nos employeurs nous offrent gracieusement 1 jour pour enterrer nos parents, 3 si c’est ton conjoint, rien si c’est ton frère à moins de vivre encore avec. Côté rite, une cérémonie d’une ou deux heures à entendre parler un officiant qui dira des phrases toutes faites genre “Bernard croquait la vie à pleine dent, sa joie de vivre et son rayonnement nous manqueront” même si Bernard a passé les 10 dernières années de sa vie alcoolique, apathique dans son canapé à gueuler sur la télé (une true story qui m’a valu un fou-rire en plein enterrement… ambiance). Oui, une fois de plus, je ne suis pas tendre avec mon occident. En même temps, y’a tellement de choses qui ne tournent pas rond avec cette civilisation qu’il m’est de plus en plus difficile de lui offrir un œil compassionné. Bon, assez bitché sur le monde occidentalisé, place aux traditions, visions et rites funéraires qui existent ailleurs.

Le peuple balinais - La mort comme une fête de village

Les rites funéraires de ce peuple sont issus de l’hindouisme, teinté à la balinaise. Chez eux, comme dans beaucoup de tradition dites “animistes”, la mort n’est qu’un passage vers un après et la mort est une affaire de vie. Pour les balinais, la mort est considérée comme le dernier voyage.

Pour les balinais croyant à la réincarnation, il est important que le défunt soit préparé à sa rencontre avec les dieux. Il appartient à sa famille de faire en sorte qu’il passe correctement de l’autre côté et cela se passe en deux phases. Une première phase de préparation et de célébration, puis le rite de crémation étant le moment sacré de « restitution » du corps, de ces cinq éléments au cosmos, soit le moment ou le défunt rejoint effectivement l’Après, si possible en tant qu’ancêtre protecteur de la famille.

Pour accompagner son défunt dans cette transition, la famille va elle-même le laver et l’habiller avec une belle tenue. Le corps est ensuite placé dans un cercueil entouré d’offrandes pour accompagner le défunt. Le cercueil est ensuite placé dans un sarcophage pouvant revêtir plusieurs formes comme un bateau ou un animal. Si deux personnes de la même famille décèdent au même moment, les deux cercueils seront placés dans le même sarcophage.

Commence alors la procession à travers le village du défunt. Mais attention, c’est pas la procession catho de l’église au cimetière où tout le monde pleur écrasé par le chagrin ou fait une tête…d’enterrement (lol). C’est un moment joyeux et festif, il y a de la musique enjouée, des chants et de la dance. Tout le village participe, et si tu es un jour à Bali et que tu vois passé le cortège, sache que pour autant que tu portes un sarong, tu seras bienvenue pour participer. Comme dis plus haut, à Bali, la mort est une affaire de vie, une célébration publique.

Le peuple Toraja - La mort comme une maladie

Si ce n’est pas déjà fait, c’est le moment idéal pour poser tes lunettes à vision occidentale parce que là, c’est quelque chose de drastiquement loin de notre culture qui met la mort sous-cloche et sous silence.

Les Toraja, peuple des montagnes d’Indonésie, considèrent leurs défunts comme une personne malade jusqu’à l’enterrement. Il est lavé, nourri à la petite cuillère, on lui parle comme s’il était toujours vivant et on lui fait même fumer des cigarettes. Alors, tu trouves ça étrange ? Pourtant, il te manque encore l’info capitale ; l’enterrement peut avoir lieu des semaines voire des mois après le décès, le temps de réunir les fonds nécessaires à l’achat de bœufs, considérés comme le véhicule menant l’âme du défunt dans l’après-vie.

Une fois l’enterrement effectué, le défunt sera encore exhumé une fois par année afin de le laver et lui changer ses vêtements. C’est également l’occasion pour les petits-enfants et autres descendants et de passer du temps et connecter avec leur défunt ancêtre. Après cette journée, le défunt sera réenterré en compagnie de nouvelles offrandes.

Népal - Des funérailles célestes

Au Népal ainsi que chez certains peuples de Mongolie et de Chine issus du zoroastrisme et du bouddhisme tibétain, le corps est considéré comme un véhicule pour l’âme. Aussi, lorsque celle-ci quitte le corps, il est d’usage pour les bouddhistes de ces régions qu’un moine le purifie en marchant en cercle autour de lui avec de l’encens, puis de le découper, le mélanger à de la farine d’orge, du lait de yak et du thé, puis de laisser le tout être dévoré par les vautours.

Dans le Zoroastrisme, de grandes tours sont construites à cet effet, et le corps y est directement monté afin d’être mangé par les vautours. Contrairement aux bouddhistes pratiquant la crémation, le Zoroastrisme et le bouddhisme tibétain considèrent qu’une fois que l’âme a quitté le corps, celui-ci devient impure et le bruler reviendrait à souiller les éléments primordiaux que sont l’air, l’eau, le feu et la terre créés par le dieu suprême.

Les Navajo – La mort comme une initiation pour la tribu

Dans la tradition de la majorité des peuples amérindiens, on craint les morts. Non pas la Mort, mais bien les morts, du moins de leurs restes et leurs esprits. Tenir les morts au loin, c’est s’assurer de la rupture des liens entre le défunt et le monde des vivants.

Aussi, au fil des temps, plusieurs rituels ayant pour but commun d’éloigner au maximum le corps du défunt et d’aiguiller son esprit dans la « bonne » direction ont existés dans les diverses tribus. Initialement, avant l’arrivée du christianisme et de l’usage d’enterrer ses morts, les corps pouvaient être déposés dans un arbre bien éloigné du village ou simplement brûlés. Un autre rituel consistait à emmener le défunt sur son cheval à l’extérieur du village et en direction du nord, puis de sacrifier le cheval afin que l’esprit de celui-ci mène son cavalier à juste destination.

Chez les Navajo et d’autres tribus amérindiennes, de nos jours, lorsque qu’un membre décède, toute la tribu est invitée, par le monde des Esprits et par cet évènement, à une initiation collective. Pendant plusieurs jours, la tribu va jeuner et la solitude sera de rigueur. Durant ces 3 à 4 jours, les membres de la tribu recevront des visions sur leurs propres vies, leurs vies antérieures ainsi que des « insight » sur l’avenir de leur peuple. Le cercueil reste entrouvert et les personnes ayant mis le corps en terre s’assurent par ailleurs de ne laisser aucune trace de pas autours de la sépulture afin que l’esprit du défunt ne se trompe pas de chemin.

Papouasie Nouvelle Guinée - Le défunt rôti

Dans certaines tribus de Papouasie Nouvelle Guinée, lorsqu'un guerrier décède, son corps est préparé comme une momie, vidé de ses liquides et ses orifices sont cousus. Le corps est alors plongé dans un grand feu de joie tandis que la tribu danse et chante. Une fois le corps rôti, il est recouvert d’argile rouge puis placé en hauteur à l’entrée du village afin de surveiller et protéger les allées et venues.

Ghana - La célèbre Coffin dance

On ne peut parler d’enterrement festif sans citer la coffin dance (danse du cercueil) qui à fait le buzz sur les réseaux sociaux il y à quelques années. Si t’as loupé la trend, je t’invite à voir cette vidéo. Bon ok, c’est plus culturel que religieux et ça ne concerne pas tout le Ghana, mais j’avais vraiment envie de vous partager ça. Ce peuple est d’ailleurs hyper créatif lorsqu’il s’agit de cercueil. En effet, une rapide recherche sur internet te permettra de voir des cercueils en forme de bouteille de coca, de Lamborghini, de coquillage ou encore d’épis de maïs.

Et voilà, notre petit tour du monde des rîtes funéraires et des visions de la mort (l’âme-hors, friendly reminder) est terminé. J’espère que ces quelques lignes auront enrichies ta vision de ce pas-sage important de notre existance.

A tout bientôt !

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